Jamais le contexte n’a été aussi propice à réussir massivement la mobilisation et l’engagement des entreprises au service des politiques d’insertion et d’emploi. Jamais l’occasion n’a été aussi belle d’innover encore, de faire bouger de nouvelles lignes. Il serait regrettable de « louper le coche » ; il le serait tout autant d’agir de façon désordonnée et incohérente.

Sur le plan pratique, quels sont les enjeux ?
Le premier est de favoriser l’accès à l’emploi des personnes qui en sont le plus éloignées, par acquisition et multiplication des expériences. Cette expérience dont nous savons qu’elle est l’un des principaux facteurs d’inclusion, bien plus que la construction d’un profil professionnel devant l’écran d’un ordinateur.
Le deuxième est de lever toutes les représentations qui nuisent au bon fonctionnement du marché du travail. Représentations sur les métiers et sur l’entreprise ; représentations sur les demandeurs d’emploi, a fortiori peu qualifiés, a fortiori durablement éloignés de l’emploi.
Le troisième est de lever – au moins partiellement – les difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises pour trouver de la main d’œuvre et la recruter ; puis de la conserver. Ces difficultés de recrutement qui semblent si absurdes mais qui, bien réelles, nuisent sérieusement au développement des entreprises et donc à celui de l’emploi et des territoires.

Trois enjeux – et nous ne parlons pas de ceux de solidarité et de réduction des fractures – et une réponse unique : l’engagement des entreprises dans des démarches et des actions qui, d’une façon ou d’une autre, les rapprochent des demandeurs d’emploi, en amont d’un recrutement ; favorisent la transformation des pratiques de recrutement ; et aussi, d’accueil et d’intégration.

Rarement le contexte a été aussi favorable à ce qu’un nouveau palier, important, soit franchi en la matière, tant quantitatif (dépasser les quelques centaines d’entreprises effectivement engagées) que qualitatif (faire mieux et autrement).
D’abord, sur le plan institutionnel, nous pouvons citer l’appel à projet 100% inclusion dans le cadre du Plan d’Investissement dans les Compétences, qui appelle à l’émergence d’actions innovantes de repérage, de mobilisation et d’accompagnement des personnes ; de même, nous pouvons citer la circulaire de février 2019 qui porte sur le lancement du plan 10.000 entreprises inclusives. Les discussions sur la loi PACTE ne peuvent non plus être négligées sur le sujet.
Ensuite, sur le territoire, nous pouvons citer des actions emblématiques ou significatives qui vont toutes dans le sens d’une implication grande des entreprises au service du territoire et de ses habitants les plus fragiles. Elles attestent d’une dynamique sur laquelle prendre appui.

Il n’est pas possible d’être exhaustif. Mais retenons la réussite désormais durable du Label Empl’itude qui valorise l’engagement des entreprises au service de l’emploi comme dans la transformation de leurs pratiques managériales. Retenons aussi les démarches conduites par la CCIMP, autour du hub du mentorat Deux démarches différentes mais qui vont dans le même sens : la première rapproche des entreprises et des demandeurs d’emploi, la seconde permet aux entreprises de mieux répondre aux logiques d’achat responsable, dans des logiques de développement de l’emploi local (notamment). Le développement des clauses d’insertion dans les marchés publics, porté largement pour la Métropole Aix Marseille Provence par des collaborateurs répartis sur l’ensemble du territoire s’inscrit dans la même logique de développements, économique d’une part, social d’autre part, compatibles voire liés l’un à l’autre. Citons aussi les démarches portées par le Département des Bouches du Rhône, à travers les travaux du Club des entreprises des Provence ou encore ceux du Groupe expert emploi : des collectifs d’entreprises qui souhaitent contribuer aux politiques d’insertion et d’emploi, à l’inclusion des personnes comme à la réussite de leurs entreprises.
Sur le terrain, à (trop) petite échelle, des actions et acteurs tels qu’Impact Jeunes ou Massajobs reposent sur un engagement novateur d’entreprises.
Enfin, ne les oublions pas car ils peuvent être essentiels, nous pouvons relever les travaux conduits par différents réseaux d’entreprises tels que Cap Au Nord Entreprendre, la Cité, Réseau entreprendre, l’APAGE ou encore l’historique et efficace Fondation Agir Contre l’Exclusion.

Toutes ces initiatives, et nous en oublions de nombreuses, attestent d’une dynamique réelle. Elles s’inscrivent dans un contexte favorable.
Surtout, elles sont désormais ancrées dans la culture même des entreprises comme des partenaires publics et des intermédiaires de l’emploi. Les précurseurs – quelques patrons d’entreprises d’insertion et présidents de réseaux d’entreprises, notamment – l’ont été il y a un peu plus d’une vingtaine d’années. La patience et la persévérance paient. Alors, l’engagement dans les politiques d’inclusion était l’apanage de grands groupes ou de quelques patrons pionniers. PME et TPE étaient loin de ces approches. Il n’y avait pas de culture pour les mobiliser et leur capacité d’ouverture au territoire à des fins d’inclusion était faible. Cela n’est plus et c’est essentiel : elles portent la majorité des emplois du territoire. Toutes les entreprises sont concernées, nombreux sont les dirigeants d’entreprises de toutes tailles qui ont intégré l’engagement et le management comme un indicateur de réussite de leur entreprise au même titre qu’un chiffre en bas de bilan. La RSE n’est pas uniquement une norme. Elle est aussi la traduction en actions de valeurs collectives.

Les outils et acteurs du déploiement existent. L’opportunité et la dynamique sont au rendez-vous.
Il convient d’agir de façon cohérente et non en ordre dispersé. Il convient d’offrir un cadre d’engagement riche et diversifié pour les entreprises et non simplement un foisonnement d’actions – intellectuellement stimulant mais qui risque de créer une nouvelle nébuleuse plutôt que de présenter une offre claire à des entreprises d’ores et déjà « multi sollicitées ».

Nous pouvons faire de notre territoire un territoire exemplaire en la matière. Toutes les conditions sont réunies pour. Réussir ce pari-là n’est désormais plus utopique.

Fabrice Kehayan, Alef Konseil
Stratégies territoriales d’inclusion et d’emploi